Lettre Ouverte à Monsieur le Président de la République Française



Collectif des Rapatriés Internautes , le





Lettre ouverte à



Monsieur Jacques CHIRAC,
Président de la République,
Palais de l'Elysée,
57 rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 PARIS.



Copie pour information à




Monsieur le Président,

je suis citoyen français rapatrié d'Algérie et je souhaiterais attirer votre bienveillante attention sur les inquiétudes de notre communauté quant à ''L'année de l'Algérie en France'' en 2003.

Le principe est connu et louable :
- offrir à un pays ami des occasions et des moyens tout au long d'une année pour le faire mieux connaître et mieux aimer des Français,
- renforcer ainsi pour l'avenir les échanges culturels et économiques.
Les récentes années du Japon et du Maroc furent en ce sens des réussites.

Mais dans le cas de l'Algérie, l'initiative n'est-elle pas prématurée ?
En effet, parce que l'Algérie fut pendant 132 ans partie intégrante de la France et qu'elle accéda à l'indépendance dans des circonstances dramatiques, cette "année de l'Algérie en France" pose des questions auxquelles les Pieds-Noirs et Harkis attendent des réponses :

- 1) Le comité d'organisation - dont le président suscite bien des réserves - ne comprend aucun membre de la communauté des rapatriés : ni Pieds-Noirs, ni Harki, ni aucun ancien combattant français. N'est-il pas anormal que les citoyens français qui ont le lien le plus fort avec l'Algérie soient exclus de l'organisation de cette manifestation ?

- 2) Cette exclusion explique sans doute, hélas, l'absence d'une partie de l'Histoire de l'Algérie dans le programme annoncé :
- la présence française et sa fin dramatique,
- l'œuvre française en Algérie,
- l'engagement des Musulmans au service de la France,
- les campagnes de l'Armée d'Afrique.
Le programme sera-t-il modifié afin d'inclure des expositions ou toute autre manifestation concernant ces sujets ?

- 3) Cette "année de l'Algérie en France", en mettant en lumière les richesses culturelles de l'Algérie, ne risque-t-elle pas :
- de cautionner le régime politique actuel qui est loin d'être un modèle de démocratie,
- d'occulter la situation désespérée du peuple algérien due à quarante ans de règne du FLN
- de masquer la barbarie qui continue de sévir sans que le Monde s'en émeuve ?

- 4) Cette "année de l'Algérie en France" traduit-elle pour le gouvernement algérien une réelle volonté d'apaiser les mémoires, de faciliter le devoir de vérité et partant de là, d'aider à la réconciliation ?
Ne risque-t-on pas de voir encore des représentants algériens - à l'exemple du président Boutéflika - venir sur notre sol insulter à nouveau la France, son armée en général et les Harkis en particulier ?
Ces propos, que vous avez trouvés choquants, et qui ont indigné une majorité de Français, nous ne les subirons pas une seconde fois.

- 5) La France va-t-elle mettre à profit cette "année de l'Algérie en France" pour faire progresser la vérité historique, par des actes symboliques forts :
- 1 - condamnation des collaborateurs à l'ennemi : déserteurs, porteurs de valises et autres barbouzes... en conséquence de l'officialisation de l'état de guerre.
- 2 - abandon définitif de la proposition du 19 Mars comme date de commémoration officielle de la fin de cette guerre,
- 3 - adoption du 16 Octobre, date de l'inhumation, en1 977, du Soldat Inconnu d'Algérie à Notre-Dame de Lorette, nécropole nationale officielle,
- 4 - ouverture d'une enquête officielle et publique sur les disparus,
- 5 - reconnaissance du non respect bi-latéral des accords d'Evian,
- 6 - reconnaissance des massacres qui s'ensuivirent,
- 7 - reconnaissance de la légitime place des ''Harkis'' au sein de la nation française,
- 8 - acceptation par l'Etat algérien de la libre circulation des Français-Musulmans,
- 9 - rétablissement de la vérité historique, notamment dans les manuels scolaires et sur les ondes,
- 10 - aides des deux Etats pour l'entretien et la conservation de nos cimetières,
- 11 - libre accès aux archives de l'état civil restées en Algérie,
- 12 - clarification des modalités d'identification des rapatriés d'Algérie à l'état civil,
- 13 - restitution des annuités d'emprunt injustement retenues sur l'indemnisation,
- 14 - réajustement de l'indemnisation en francs 2 002 ou en euros, par une quatrième loi,
- 15 - révision du problème des retraites,
- 16 - restitution des biens sociaux : centres d'accueil, colonies de vacances, etc. acquis en métropole avant l'indépendance de l'Algérie et accaparés depuis par l'état algérien,
- 17 - réexamen des dossiers de surendettement...

La réponse à ces questions est très importante : elle permettra en effet de savoir si nous pouvons participer à cette ''année de l'Algérie'' dans un esprit de vérité, de concorde et de respect mutuel, afin de retisser des liens avec notre terre d'origine, ou si - en l'absence de réciprocité - nous devons au contraire inviter nos amis à s'opposer à une entreprise de désinformation, car il est clair que nous ne supporterons pas sans réagir une réécriture de l'Histoire à nos dépens !
Vous êtes, Monsieur le Président de la République Française, le garant du devoir de vérité envers l'Histoire de la France et le premier défenseur des valeurs de la République, nous comptons sur vous pour nous donner l'assurance que vous veillerez personnellement à faire de cette année de l'Algérie - avec tous les acteurs concernés, sur le fondement de la vérité historique - une étape importante de la réconciliation entre les deux pays.
Veuillez, Monsieur le Président, agréer l'expression de ma très haute et déférente considération.




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