Le CHELIF (ou CHELIFF)



Notre CHELIFF est le plus important fleuve d’Algérie.
Il semble que son nom soit tiré de CHENALEPH, nom d’origine carthaginoise utilisé par les Romains.
Certes, il n’est pas navigable car il est trop capricieux mais les eaux boueuses ce fleuve-roi sont un bienfait d’Allah, une richesse indispensable à toute vie. C’est (un peu) notre Nil à nous…
D’aval en amont, les nombreux barrages érigés par les premiers colons le freinent pour lui emprunter cette manne vitale. Ils la distribuent ensuite dans les terres ingrates à des lieues à la ronde, faisant surgir la vie de la plaine aride. Vu du ciel, ce long serpent sombre qui tranche par sa verdure sur les djebels pelés c’est notre Chéliff. Cet immense réseau capillaire, ce chevelu, ce sont les innombrables canaux d’irrigation qui, tels des veines et des artères, conduisent le précieux liquide en se ramifiant jusqu’au moindre arpent de terre.

Le Chéliff mesure 725 km… environ, ‘’bel mizz’’. Toutefois, une grande confusion règne sur ce chiffre, l’Encyclopédie QUILLET, page 1 212, lui attribue même 1 300 km !
Mais cette erreur peut s’expliquer car ce cours d’eau est aussi fantasque et irrégulier que son débit ou que son parcours ou que son identité. Il y a effectivement de quoi s’y perdre.
Jugez plutôt :
il prend sa source dans l’Atlas Saharien, plus précisément dans le Djebel AMOUR (ou Djebel GOUROU) qui culmine à 1 937 mètres, près d’AFLOU.
Il commence par couler du Sud vers le Nord, comme pour rejoindre au plus court la Méditerranée.
A sa naissance, il se nomme Oued CHELAL.
Puis il devient l’Oued TOUIL (long).
Sur les Hauts Plateaux, il se nomme Oued OUERK.
A CHAHBOUNIA, près avoir reçu les eaux du NAHR OUASSEL (ou NAAR OUASSEL) qui arrive du SERSOU, il devient enfin le CHELIFF et arrose BOGHARI.
Il est un moment alangui dans une sebha. Revigoré par un barrage, il traverse les gorges profondes de l’Atlas Tellien, où le barrage du GHRIB le retient un moment.
Il musarde alors et frôle DOLFUSVILLE de ses méandres après avoir rallié l’Oued EL HARBIT.
Là, se ravisant dans sa course, il se dirige vers l’Ouest…
Il débouche ensuite dans la riche plaine d’ORLEANSVILLE qui s’étend de MILIANA à MOSTAGANEM entre les monts du DAHRA au Nord et ceux de l’OUARSENIS au Sud.
En été, ce qui est une oppressante fournaise devait être invivable avant que les eaux du Chéliff, captées et distribuées par de nombreux barrages n’apportent par les plantations d’eucalyptus, les orangeraies, les jardins et les vergers qu’elle nourrissent, le salut de l’ombre, de la fraîcheur et de l’humidité qui, seules, peuvent combattre le terrible sirocco.
Le Chéliff approche LAVIGERIE, annexe l’Oued OUSSONE au Sud. Avant AFFREVILLE, il prend l’Oued DEURDEUR au Sud, puis, au Nord, l’Oued BOUTAN, venu du CHENOUA, vers MILIANA, ainsi que l’Oued MASSINE et l’Oued DJELIDA au Sud. Puis c’est LAVARANDE et LITTRE qui le regardent passer de loin.
C’est ensuite DUPERRE avec, au Nord, les Oueds EL HAD, EL ARCH et KREMIS puis ROUINA, où il s’adjoint la rivière du même nom, sur sa gauche.
Puis, il rencontre SAINTE MONIQUE et SAINT CYPRIEN DES ATTAFS, avec l’Oued TIGZEL, rive gauche. Plus loin, LES ATTAFS, CARNOT et le pont, construit en 1 901, voient passer l’Oued BOUKALI qui, du Nord, le rejoint. C’est WATTIGNIES et l’Oued TARIA au Nord. A OUED FODDA, il s’empare de ‘’La rivière d’Argent’’ issue de l’OUARSENIS en passant par le barrage de LAMARTINE et celui des ‘’Portes de Fer’’.
Plus loin, après le CHEMBEL, il passe sous un pont qui mène à MEDJADJA et c’est PONTEBA, la pionnière, qui doit ses magnifiques orangeraies à son eau charriée à seau par les premiers colons…
Il actionne le moulin ROBERT avant de baigner les remparts de cette ville qui, afin d’éloigner la malédiction d’EL ASNAM (les statues, les ruines) après la ‘’zinzla ‘’ du 10 Octobre 1 980 faisant suite au séisme d’ORLEANSVILLE du 8 Septembre 1 954, lui a pris son nom : CHLEF…
Là, il accueille le TSIGHAOUT (TSIRAOUT’) au Sud et, continuant sa marche il s’adjoint, au Nord, l’Oued OUAHRAN, venu de WARNIER et l’Oued RAS (la tête).
A MALAKOFF le rejoint l’Oued SLI, né à MOLIERE et venu de MASSENA.. A CHARON, l’Oued TAFLOUT, venu sur sa gauche l’attend au barrage d’irrigation et au pont de SOBHA. Il absorbe sur sa droite l’Oued TIFSI. Puis il capture l’Oued RIOU, issu de VIALAR en passant par AMMI MOUSSA (mon oncle Moussa).. Ensuite, venu de l’OUARSENIS, c’est l’Oued DJIDIOUIA qui le rejoint après avoir irrigué SAINT AIME.
Il s’empare au Nord, des Oueds TARHIA et EL RAZZAZ.
Plus loin, il se marie avec la rivière MINA, fille de RELIZANEet de CLINCHANT.
Enfin, après avoir capté l’Oued MELLAH au Nord, il débouche enfin dans la mer, près de MOSTAGANEM, à 100 km au Nord-Est d’ORAN après avoir comblé de ses richesses un immense territoire.

Mais nombre d’Orléansvillois se souviennent de ses colères terrifiantes qui le font monter de dix mètres en quelques instants, atteignant le tablier du pont de LA FERME qu’il fait trembler, emportant hommes, mechtas, bêtes, arbres dans une formidable et titanesque cavalcade boueuse.
C’est qu’il a du caractère, notre Chéliff ! Certains disent qu’il a mauvais caractère …
Tel un pur-sang arabe, apparemment docile et dompté, morne et alangui, il peut soudainement, lorsque l’orage d’automne gronde sur la Montagne Rouge, se cabrer, se déchaîner en de violentes explosions de colère aveugle.

C’est bien un méditerranéen, va !

 


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