Le labyrinthe de l'église SAINT PIERRE SAINT PAUL d'ORLEANSVILLE
Texte de Marc GRACIANO paru dans ''ECHOS du PAYS'' N° 14 d'Octobre 1999.

Illustration par Jacques TORRES


 

 

L'AN DE LA PROVINCE 285 (324
AP JC) LE 12 DES CALENDES DE DEC (20
NOV) LES FONDEMENTS DE CETTE BASI
LIQUE ONT ETE POSES ET L'AN DE LA
PROV 290 (329) SOUVENEZ VOUS
DE SERVITEUR DE DIEU ET VIVEZ
EN DIEU...


     

Un Amicaliste nous a parlé récemment du Labyrinthe de l'église d'Orléansville.
Ayant retrouvé dans mes archives une documentation que m'avait donnée Monsieur SALES - un fascicule rédigé par l'Abbé VIDAL sur cette église, son origine, sa création, les trésors qu'elle contenait en matière d'éléments architecturaux, notamment les mosaïques - j'ai le plaisir d'en rappeler l'essentiel en espérant que cela vous replongera un moment dans l'univers qui était le nôtre.


Cet aperçu qui est en fait un condensé du fascicule cité ci-dessus, reprend très largement le texte de l'Abbé VIDAL.


L'église
Orléansville fut construite sur les ruines d'une ancienne colonie romaine : CASTELLUM TINGITANUM où, au IVe siècle, avait été érigée une basilique sous l'autorité de l'évêque REPARATUS.
Cette basilique s'élevait sur la rive gauche du Chéliff, là où se situera le cœur d'Orléansville, la Place Paul Robert.
En 1843, le 26 Avril, le Général CAVAIGNAC vint y camper. Il trouva ce lieu couvert de ruines à demi cachées sous la poussière et les épines de jujubiers. Cà et là se dressaient encore quelques grandes pierres de taille rongées par les pluies, offrant de loin l'apparence de statues.
Les Arabes avaient donné à ces ruines le nom d'El Asnam, les idoles.
On constata que la basilique était un édifice rectangulaire de 26 mètres de long sur 16 de large.
Les colonnes, qu'on retrouva au nombre de quatre, plus une demi-colonne, furent installées dans l'église d'Orléansville en 1936. Elles proviennent de la carrière romaine de TEMOULGA (VAUBAN).
Le pavement de la basilique était entièrement fait d'une mosaïque romaine du IVe siècle, admirablement conservée. Elle fut découverte en 1843. L'étude qui en fut faite plus tard permit de faire les constatations suivantes : les Romains qui ont fait la mosaïque ont pris tous les matériaux dans le pays. Ils ont employé trois couleurs fondamentales, le jaune, le rouge et le vert avec des nuances de jaune clair, rose et vert clair ou vert d'eau et, pour les ombres et les fonds, le noir et le blanc.
La pierre blanche, du calcaire dur, provient de l'éperon rocheux sur lequel se dresse le sémaphore de TENES. Les pierres noires et les vertes ont été tirées des gros galets du Chéliff. La pierre rouge est une terre cuite et la pierre jaune qui est abondante dans la région, provient de PONTEBA et d'OUED SLI, tout près d'Orléansville, où l'on voit les restes d'une carrière romaine d'où était extraite également la pierre rose.
A l'approche du centenaire de la conquête de l'Algérie, la question de la construction d'une église à Orléansville fut enfin résolue grâce surtout aux efforts de Monsieur le Chanoine CASTERA, curé d'Orléansvile. Il fut décidé de construire une grande église à trois nefs, dans laquelle on autorisa le transport des mosaïques.
Les différentes opérations d'achat de terrain et transfert des mosaïques furent menées par Monsieur Joseph Robert avec le concours de Monsieur Saïah Mustapha et l'intervention efficace de Monsieur le Docteur Franchi. Ce transfert fut entrepris le 7 Octobre 1935 et terminé en Mars 1936.

Les mosaïques
Imaginons que nous entrions dans l'antique basilique.
Nous foulons de splendides mosaïques. Ce n'est pas un pavage composé seulement de frises et de figures géométriques aux couleurs chatoyantes et aux volutes harmonieusement disposées, c'est aussi un ensemble de tableaux et de motifs bordés de frises de feuilles de laurier qui, tout à la fois, pris séparément et dans leur ensemble, sont destinés à faire passer un message de paix, universalité de l'Eglise catholique, appartenance des chrétiens d'Orléansville au culte catholique.
On peut voir, pêle-mêle :
Près de la porte latérale Nord, le fameux labyrinthe dont le centre est occupé par les mots ''SANCTA ECLESIA'' (La Sainte Eglise).
Un peu plus haut, dans une rosace, encadrée de torsades, est inscrite la devise ''SEMPER PAX '' (Toujours la Paix). Ceci nous avertit que l'Eglise dont font partie les chrétiens de CASTELLUM TINGITANUM est l'Eglise Catholique.
Dans la nef principale, le pavement représente le tableau d'un édifice à 3 nefs dont les voûtes sont soutenues par 2 colonnes torses. Les espaces vides sont occupés par 3 couronnes de lauriers. Des chrismes floraux occupent le centre des couronnes. Ce sont des croix ornementales. On sait que les chrétiens des premiers siècles évitaient de faire figurer trop nettement la croix par crainte de profanations. Il s'agit là de la mémoire ou chapelle-reliquaire des Saints Apôtres Pierre et Paul.
Côté Est, une série de 11 couronnes de laurier entourant une inscription. Les spécialistes y voient une allusion aux apôtres : les trois couronnes de lauriers précédentes seraient une référence au Christ entouré de Pierre et Paul (lequel ne faisait pas partie des 12 apôtres, bien qu'il participa activement à la diffusion de l'Evangile) et les 11 ci-dessus symbolisant les autres apôtres.
Vers le milieu de la nef, un carré d'environ 6 mètres de côté est entièrement occupé de feuilles de laurier qui naissent en forme de croix, d'une croix lumineuse, et retournent à la croix un peu plus loin.
En approchant de l'abside, on retrouve la feuille de laurier et, au centre, un grand carré de 2,10 m de côté dont la décoration est empruntée à la vigne.
En montant les degrés qui conduisent à l'abside du fond de la basilique, nous entrons dans la partie réservée au clergé. Un jeu de lettres formé des mots ''MARINUS SACERDOS'' (Marin évêque) analogue à celui qui figure au centre du labyrinthe, indique que pour avoir le droit d'entrer dans le sanctuaire, les clercs doivent être en communion avec l'Eglise catholique.
Une bordure dont le dessin compliqué et la couleur rappellent celle qui entoure la devise ''SEMPER PAX'' fait le tour de l'abside.

Le labyrinthe
Le labyrinthe de la basilique d'Orléansville a été signalé comme le plus ancien que l'on eût trouvé dans une église.
L'entrée est nettement indiquée par une ligne ondulée et les lettres de la partie centrale ont une direction de haut en bas et non de gauche à droite. De plus, l'entrée du labyrinthe et celle du carré central font face à l'entre de la basilique. Les auteurs de ce pavement ont voulu placer le chrétien, dès son entrée dans la basilique, en face de la Sainte Eglise.
On remarque que le labyrinthe possède 2 entrées placées côte à côte. Celle de droite permet de parcourir la partie du labyrinthe située en bas et à droite, avant d'en ressortir, alors que l'entrée située à gauche, soulignée par la ligne ondulée permet d'aboutir à la ''SANCTA ECLESIA'' après avoir parcouru les 4 parties du labyrinthe.
On attribue à chacune de ces entrées une signification différente : la première atteste que par cette entrée, on a une audience restreinte, alors que la seconde rayonne partout dans le monde.
C'est en effet dans une atmosphère de luttes religieuses que s'élevèrent les murs de la basilique. Nous sommes en plein schisme : ce fut une lutte entre les Donatiens (Eglise d'Afrique) et l'Eglise catholique dirigée par Rome. Les 2 parcours du labyrinthe symbolisent la différence entre les deux Eglises : celle de Donatien, qui est uniquement centrée sur l'Afrique et celle de Rome, l'Eglise catholique, ''la Sainte Eglise'', qui est universelle et rayonne aux quatre coins du monde, matérialisé par la totalité du labyrinthe.

Que sont devenues les mosaïques ? Après le séisme de 1954, les mosaïques furent dégagées et transportées sur Alger où elles font désormais partie des richesses de ce pays que nous avons mises en valeur et qui sont restées là-bas. Elles font néanmoins partie d'un trésor mondial inestimable et nous pouvons en être fiers.



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