L’Evêque Réparatus



C’est le onzième jour avant les calendes d’août, en l’année de la Province 436, que mourut, en odeur de sainteté, l’Evêque Réparatus. Un témoignage absolument authentique et d’une valeur indiscutable en a été fourni par la mosaïque qui fut découverte sur son tombeau., dans la basilique d’Orléansville.
Ce n’est pas sans intérêt que le lecteur suivra la description des précieux documents contemporains ou même devanciers de l’Evêque Réparatus.
D’après l’ ’’Itinéraire d’Antoine’’, le seul document qui nous l’apprend, « Orléansville devait être désignée par les Romains sous le nom de ‘’CASTELLUM TINGITANUM’’ ou ‘’CASTRUM TINGITII’’ ou ‘’ CASTRUM TINGITIUM’’ (1) ».
Quand l’armée française arriva au Castellum Tingitanum, le 26 avril 1843, elle trouva un amas de ruines, des pans de murailles, de grosses pierres, des tambours de colonnes et d’autres débris d’architecture jonchant le sol. C’étaient partout des traces de cendres, de couches charbonneuses, des débris de vases, de verre, de fer, de bronze, des morceaux d’os et d’ivoire, des médailles de Constantin et de ses fils (2).
Mais, de toutes les découvertes faites alors, la plus belle et le plus intéressante du point de vue de l’archéologie et de l’histoire de l’Eglise d’Afrique est, sans contexte, la mosaïque qui servait de pavement à une basilique ‘’ la plus ancienne authentiquement datée de toute l’Afrique du Nord’’, selon S.E. le Cardinal Lavigerie (3).
C’est dans l’un des deux hémicycles de cette basilique que se trouvait la tombe de Réparatus. Cet emplacement était rehaussé de quelques centimètres au-dessus du sol du reste de l’édifice.
L’inscription qui se trouvait à la partie centrale de l’hémicycle était au milieu d’un cercle de lauriers. On y lisait : « hic requiescit, sanctae memoriae, pater noster Reparatu, E.P.S. qui fecit in sacerdotium annos VIII mens. XI et precessit nos in pace die undecimu K.A.L. aug. provinc. CCCCXXX et sexta. » Avec ce document bien précis, il fut facile de retrouver le corps de l’évêque défunt.
Ce fut Mgr Dupuch, alors évêque d’Alger, qui fit entreprendre des recherches le 19 juillet 1844. Il descendit lui-même dans le caveau par une excavation faite en dehors de la basilique et derrière le tombeau érigé à la mémoire de Réparatus, évitant de détériorer la superbe mosaïque et son inscription.
Il en retira les ossements du saint évêque, des fragments du cercueil, des plaques de plomb et des clous.
« Le corps était étendu sur le dos, la tête au couchant, il avait été déposé dans un cercueil en bois de noyer, muni, aux extrémités, de plaques de plomb encore dans un état de conservation parfaite. Ni l’anneau, ni la croix pastorale ne s’y sont trouvés ; aucune médaille, aucun vase non plus ; seulement le sépulcre exhalait une sorte d’odeur très douce ».(4)
Tous les ossements trouvés dans le sarcophage, après avoir été reconnus authentiques par des hommes de l’art, furent enfermés dans une caisse munie, sur ses quatre faces, d’un cordon de chanvre et du sceau des armes de l’Evêché et portés à Alger, au palais de l’archevêché.
Quant à la précieuse mosaïque, elle fut recouverte de terre pour échapper au vandalisme des curieux. Elle devait rester enfouie à 2 m 50 du sol jusqu’au jour où j’entrepris les premières fouilles, le lundi 11 février 1929, aidé par la Municipalité d’Orléansville et avec l’appui du Gouvernement Général de l’Algérie.
Les travaux achevés, les principaux motifs de la mosaïque devaient être placés dans l’église qui allait être construite non loin de la place actuelle ‘’Paul Robert’’ où ils étaient enfouis.
Mgr Leynaud, Archevêque d’Alger, eut la pieuse pensée de faire transporter, à cette occasion, les ossements recueillis en 1843 et de les faire placer dans le chœur de l’église nouvelle avec la superbe mosaïque retrouvée portant l’épitaphe précitée.
Le 19 mai 1 930, dans une cérémonie à laquelle assistaient Mgr Leynaud, Archevêque d’Alger, Mgr Thiénard, Archevêque de Constantine, Mgr Durand, Evêque d’Oran, accompagnés d’une foule considérable, Réparatus reçut de nouveau les honneurs de la sépulture.
Le lendemain eut lieu la consécration de la nouvelle église dont j’avais moi-même établi les plans qui furent réalisés par M Hernandez, entrepreneur d’Orléansville.
Désormais, les touristes et les savants pourront voir et admirer dans ce nouveau temple les principaux motifs de la fameuse mosaïque de l’ancienne basilique.

D’après L CASTERA, in ‘’Algéria’’ Noël 1934.


(1) ‘’Notice sur Orléansville’’ par M. Prévost, dans la ‘’Revue archéologique’’ (t. IV, 2e partie, p. 665)
(2) Idem (p. 656-657)
(3) Œuvres choisies de S.E. le Cardinal Lavigerie (t. II, p. 442)
(4) Extrait du procès-verbal de l‘inventaire du sépulcre et des restes vénérables de Réparatus, Evêque, fait à Orléansville par Mgr Dupuch, Evêque d’Alger

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